7h15, je pars de chez moi, un air de valse argentine en tête. Dans l’ascenseur, une charmante voisine ajuste ses bas résilles en me souriant joliment. L’instant est trop court. Dans le hall
d’entrée, le facteur peaufine son ocho cortado devant le miroir mural. Il nous salue d’un geste distrait.
Mon taxi m’attend dehors, je m’installe. Le chauffeur, attentionné, me demande si je suis d’humeur vieille garde, âge d’or ou nuevo. J’ai envie de me
laisser emporter par le souffle si particulier de l’harmonica sur fond de guitare : ce sera Hugo Diaz !
Pas moins de quarante minutes plus tard de vérités échangées sur le style comparé des grands orchestres de la belle époque, sur nos plus beaux souvenirs de connexion dans le bal et sur la
situation économico-touristique du Rio de la Plata (ah les taxis !), nous arrivons à l’aéroport.
Dépose des bagages, carte d’embarquement, direction porte A. Une femme devant moi quitte ses chaussures et les place dans un bac en plastique. « 9 cm tes talons ? » l’interroge son
amie. Quelques mètres pour traverser le portique de sécurité, on s’avance lentement, les mains à la ceinture, malléoles et genoux se rejoignant à chaque pas, la pointe des pieds dessinant un
trait droit au sol. De l’autre côté, pour la fouille du vigile, les bras se lèvent en abrazo. « Tour à droite » nous dit-il. On s’exécute,
ornant parfois le tour d’un arastre.
L’avion décollera à l’heure. Tandis qu’il se met en mouvement, on nous demande de suivre les consignes : gilet de sauvetage, masque à oxygène, ancrage au sol et surtout toujours bien rester
conscient de son axe, essentiel pour un bon guidage dans la danse ! A peine une heure s’écoule avant un atterrissage en douceur, sous les applaudissements et les « Esa ! » des passagers.
A l’arrivée, un orchestre entame Asi se baila el tango pour accueillir les voyageurs qui en attendant leurs bagages improvisent une milonga sur ce
sol qui glisse si bien. Mon téléphone vibre au son de Mi Buenos Aires Querido, je décroche : mon collègue veut s’assurer que je suis bien
arrivé. Je le rassure, je serai là à dix heures pour notre réunion…
Voici comment débutent mes journées depuis que l’UNESCO a classé le tango patrimoine immatériel de l’humanité le mois dernier !
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